XIII
Libreville
N’Tché Mpongwè.
La famille étant parvenue à Cap Lopez, ce premier séjour, pour la majorité de ses membres, sera de courte durée, excepté le tailleur, qui s’installera là définitivement, avec son épouse N’komi. L’objectif suivant, sinon final, du gros du groupe, était de rallier, par bateau, N’gabu (Libreville), que leurs lointains prédécesseurs avaient déjà baptisé ainsi.
En effet le littoral de l’Estuaire du Komo sur la rive droite, aux abords du Fort d’Aumale, était quelque peu boueux, de la boue des mangroves et de la boue, de la terre ferme rouge, en comparaison du littoral de sable blanc de la baie de Loango. Bien que historiquement contrariée, par la version Portugaise désignant l’Estuaire du Komo, de Rio de Gabão, du mot de caban ou Gabao (manteau). L’appellation n’Gabu marquera pour toujours, dans l‘entendement des Loango : le nom des villages Mpongwè, le nom de Libreville (poste militaire, administratif et politique), le nom par extension du futur Pays, le Gabon, dont les limites territoriales n’étaient pas encore arrêtées.
Bien que la référence à l’Histoire atteste de la découverte des côtes du Gabon en 1472 et de la création de Libreville en 1849, nous allons, dans l’analyse qui suit, dépasser ce débat pour nous focaliser essentiellement sur la problématique de l’identité des Loango du Gabon d’aujourd’hui, sous l’angle, sociologique, culturel et politique.
Quand on analyse les récits de mes ascendants, qui se sont établis à Port Gentil et Libreville (Montagne sainte) vers les années 1905, nous ne sommes pas parmi ceux qu'on a débarqués (de l’Ilizia), à Libreville en 1849. Néanmoins par le partage de la langue, du clan, de la tribu, des rites et croyances, de nombreuses parentés et liens se sont recréés dans ces nouveaux territoires.
Tâata (et non tate), conjoint de notre grand’mère, avec laquelle, il ne fit cependant pas d’enfant, était un bayaka. Il avait précédé mes ascendants à Libreville, car il affirmait avoir travaillé pour le Rois Rapotchombo Denis et l’avoir souvent vu, de ses propres yeux, traverser l’Estuaire du Komo, sur un tapis, pour rejoindre la Pointe Denis (Ntchantonwin) !
Les Loango de Libreville, population hétéroclite, composée des Vili, Lumbu, bayaka, Babongo, provenant de la libération des traites négrières et de quelques immigrés, leur nombre, estimé à 39, 46, 267, 400 etc, serait plus proche du minima soit 39. Au maxima, soit 400, leur influence sur la composition culturelle de Libreville aurait été plus perceptible, voir dominante.
Le Loango n'est pas une langue mais un concept culturel. Dans le cadre spécifique de sa définition au Gabon, le Loango est un concept culturel dont la langue originelle est le VILI. Mais le Vili lui-même, d'un autre point de vue historique, est associé à des brassages, des mutations, des influences tant endogènes qu'exogènes, qui sont toujours actives de nos jours.
Les Loango sont donc des autochtones de l'Estuaire, de l'Ogooué Maritime, du Moyen Ogooué, etc.
On peut être Loango et parler, miènè, fang, punu etc.
Nous nous sommes plutôt enrichies des autres cultures locales et extérieures à l'image du français.
Nous sommes plus attachés au Royaume qu'à ces ethnies, clans, ou tribus, d'autant plus que dans la succession au trône, le Loango qui est une société monarchique de statut matrilinéaire, a eu à une époque de son histoire, comme génitrice, non pas une Vili mais une 'bôngu (pygmée). Donc le concept de l’identité Loango est pluriethnique et pluriculturel.
Moêchi M'Pâmbu Mbumbe
Extrait du livre : les Loango