Le GABON et ses cinquante ethnies et plus (pour moins de 2 millons d'habitants), toutes comparées au Lingala de La RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO, s’appuient sur une longue histoire commune, qui commence par le rayonnement du Royaume du KONGO, dont l’épicentre fut Mbanza-Kongo, dans la Province actuelle de San-Salvador au Nord de l’ANGOLA, autour du 12è siècle.
Le Royaume KONGO, s’étendait dans tout l’espace culturel bantu actuel. Quelques ilots de sous-peuplement et de "pygméetisation", comme dans la région du Gabon, vont échapper peut être aux guerres tribales et à l’esclavage, mais subrepticement à une unification linguistique autour du parler kikongo, racine des sous-groupes linguistiques : lingala, kutuba, téké et Loango (punu,vili et lumbu).
Malgré sa grande diversité, le Gabonais vit un paradoxe culturel embarrassant tel que : un ressortissant du NORD (fang), ne comprend pas ce que dit celui du SUD ou du SUD-EST (punu, lumbu, vili, téké). Celui de l’OUEST (myènè) ne comprend pas ce que dit celui de l’EST (kota) ou du CENTRE (Nzebi).
"Aucune langue ne peut faire l’unanimité dans le choix d’une langue nationale. Il y a déjà un arbitrage impossible entre la cinquantaine de langues parlées et même dans la classification entre les groupes ou à l’intérieur d’un groupe : le compromis reste toujours impossible. La perspective de celle-ci s’éloigne, à mesure que nos repères s’effacent peu à peu. La seule langue qui est considérée comme langue de partage, langue de nos cultures, est le Français". (extrait du livre : les Loango)
A Contrario, l’espace Kikongo lui, draine sur le plan linguistique : deux géants cultuels que sont les deux CONGO, et plus particulièrement la RDC qui comptent à ce jour plus de 60 millions d’âmes, tous parlant le Kikongo. C’est donc sur un marché culturel aussi important qui la fait passer même (la seule RDC), pour le plus grand pays et marché francophone d’Afrique. Et combien sont-ils dans les métropoles d’Europe et d’ailleurs ?
De tout temps, ces deux pays, à travers leurs artistes, dans ce que l’on cite couramment par « la musique congolaise », ont baigné nos manifestations et autres évènements, de mélodies certes, très entrainantes par le rythme et la danse mais incompréhensibles par le message bien que moralisateur et très proche de nos mœurs. « On danse aux rythmes congolais depuis des générations, mais on ne comprend rien de ces paroles». Ce n’est pas surprenant, lorsque déjà les gabonais eux-mêmes ne se comprennent pas dans leurs langues, sans passer par la langue française.
On ne sait même pas pourquoi la référence au mot congolais se rapportant à cette langue, est emprunte chez nous de subjectivité, ou de péjoration.
Il y a de bons artistes au Gabon. Citons pêle-mêle : PC Akendengue , Mackjoss. Oliver Ngoma, Annie Flore Batchellylis, PC Nzeng, Vickoss Ekondo, Otchanga, Landry Ifouta, Rompavet, Egniga, Amandine, François Ngwa, Patience Dabany, Hilarion Nguema, Papé Nziengui, Alexis Abessolo, Kaki Disco, Espérance, A.Ndjould, Marcel Ndjabioh, Nadège Mbagou, Fréderic Gassita etc... Tous valorisent, même parfois sur d’autres rythmes, comme le zouk, le rapt, ou le blues, la richesse culturelle gabonaise, si on peut penser que celle- ci s’apparente aussi à sa diversité (rythme, parure et chorégraphie).
Il faut déjà avoir grandit dans des bons milieux au Gabon pour comprendre en même temps, les subtilités des paroles, oh combien riches de sens, d’un PC Akendegué, d’un Mackjoss, d’un PC Nzeng ou d’un Oliver Ngoma dans des titres culte comme Esserengila, Tsakidi, Ma dzing wa, Mukuili. Même si pour ce dernier, un écrivain gabonais (Sylvain Nzamba) lui a consacré un livre traduisant quelque peu le message de ses chansons. C’est là, tout notre trésor culturel national.
Certains de ces artistes sont de renommée internationale. Combien de disques d’or ? Quand on sait déjà l’étroitesse de notre marché intérieur, originel, à tous points de vue, fragilisé en plus par : l’émiettement, le régionalisme, l’ethnisme, le tribalisme, l’égoïsme, l’égocentrisme, l’omniprésence d’autres musiques africaines, l’absence sur les Réseaux sociaux (ya Marcel) et l’obsolescence des moyens que l’Etat accorde à la culture.
Le Libreville des spectacles, la ville lumière (ternie quelque peu par les délestages) vivra toujours malgré tout, à la mode de ces grands artistes locaux et extérieurs, venus surfer sur les hautes vagues de leur succès.
Il y a eu : les Akendegue, Oliver Ngoma, Batchellylis, Ngwa, Franco, Rochereau, Ekambi Brillant, Zao, Pamelo, Extra Musica, G.Decca, Pépé Kalé, Papa Wemba, Koffi Olomidé, Lokua, Meiway, Youssu Ndour, Kassav, Eric Virgal, James Brown, Bob Marley, Ekon, R. Kelly, Jezzy, Gael etc.
De tous ceux là, c’est le style, le modèle, "la génération Fally IPUPA", qui nous fascine le plus, et dont la prestation en live, en avril 2014, à Libreville et Port-Gentil, sur les traces de son dernier opus “Power“, n’a laissé personne indifférent.
Bête de scène et des salons feutrés, au coup de reins de roseau, à la voix suave, aux apparences de mannequin, aux paroles sentimentales “assassines“. Collectionneur de disques d’or et de voitures de prestige comme la Cadillac Phantom. Oui, Di Cap avait tout pour soulever tout le gotha gabonais amoureux de la musique, jusqu’à l’emmener à fredonner, sans faute et en cœur, des chansons en Lingala ! Fallait le faire ! Ce que de mémoire de Gabonais, je n’ai jamais vu aussi intensément avec aucun autre artiste, même local.
Zela nanu
kobanda service te
tango eza molayi
butu nyonso ya lelo
Attends d'abord
Ne débute pas le service
Le temps est long
Toute la nuit d'aujourd'hui
Love-Love
okoboma nga pamba Touré (le plus gros refrain de l’histoire de la chanson, à Libreville)
Tu risques de me tuer Touré
D’autre part, pour marquer la proximité des cultures kikongo et du Gabon, nous allons prendre un autre exemple dans la chanson de Fally, Anissa, avec le terme Obota, chanson reprise aussi en cœur par le public.
Obota Ninelle eh
maman ya mwana nanga
Obota Annisa ah
T’as enfanté Ninelle eh
La maman de mon enfant
T’as enfanté Annisa ah
Obota , prononcé ainsi littéralement, c’est la Mère en langue Omiènè (Nkomi, Orungu, Galoa - sauf qu’en M’Pongwè, ont dit Ngwè –
Obota s’emploie couramment à Port-Gentil, dans l’un bastion autochtone omiènè, de la Province de L’Ogooué Maritime qui compte aussi comme contrées : le Fernand-Vaz – Omboué et Awouta. C’est là qu’est né, Pierre-Claver Akendegué (un n’komi), artiste, musicien, poète, sociologue, philosophe Gabonais, dont l’une des chansons qui a marqué son temps dans les années 80, portait justement le titre de : Africa Obota (Africa la mère).
Obota peut s’exprimer de deux manières :
Par le nom : Obota, c’est la Mère (chez les miènès)
Par le verbe : Obota, Oubouta, k’oubouta, c’est l’action de mettre au monde, de donner la vie comme une mère ou un père (chez les kikongo et les loango).
Chers gabonais, ne vous offusquez pas d’être considérés comme des "Bantu-Kongolais" - (avec K, svp), donc des parents à Fally Ipupa, car personne ne peut vous le reprocher.
Et voilà enfin à l’heure des TIC, les Réseaux Sociaux, qui viennent à notre secours pour traduire, décrypter, démythifier, tous ces messages contenues dans une musique, une culture désormais plus accessible encore aux africains et au reste du monde.
Un exemple à suivre pour plus de transparence dans la musique gabonaise.
Hervé Pambo
Auteur
Initiateur des "Réseaux sociaux en appui de l'Emergence"