(Extrait du livre : les Loango)
Certaines expressions gabonaises jugées peu sympathiques, tiennent simplement des préjugés, de la boutade ou d’informations erronées :
- Les Tékés mangent les chenilles.
- Les Orungu mangent la sardine toute en entière en ne régurgitant que les arêtes.
- Les Pahouins mangent de chat.
- Les Loango mangent le requin (duku daka)
- Les Nzébi mangent les serpents
- Les Punus mangent la bouse (caca) de bœuf.
Les Orungus (comme les autres peuples dans leurs retranchements) ont l’art de transformer en dérision certaines situations :
- Les quartiers : - Rombitchozo (enlève les chaussures à cause de la crue et de l’inondation) - Orovati (la plaine des excréments) - Ozombwa (la gueule du chien)
Les métaphores : Paul Idjuwa pour Paul Igamba. (L’hôpital serait un mouroir comme idjuwa)
Les peuples : Loango (pour les vili, lumbu) – Alombo (pour les lumbu de Sétté Cama, Gamba) – Abamba (pour les Obamba, Téké) – Pahouins (pour les Fang) – Apono (pour les Punu) – Eshira (pour les Ghisir) - Popo (pour les Togolais et Béninois) etc
Le plus discutable c’est la problématique de la transformation des noms Loango. Une transformation aux conséquences graves du point de vue ethnolinguistique et identitaire.
Bien évidement de partout, la transcription par l’écriture ou la prononciation des noms, lieux, mots etc., a toujours porté sa marque historique, linguistique, ou typographique d’erreurs, entre la pratique usuelle et la source. Cela devient grave lorsque ce phénomène accentue, l’acculturation, et les préjugés, dus à la méconnaissance du contexte sociologique.
C’est d’un euphémisme redondant de rappeler ici, que les Orungu ou généralement les Mienès et les Loango sont des bantus (le peuple en vili). Les migrations se sont opérées sur un même peuple dont les particularités linguistiques se sont modifiées totalement au gré de multiples fractionnements de groupes qui ont évolué chacun dans un contexte d’adaptation parfois très isolé et même antagoniste après. Ce qui se présente sur le plan morphologique et génétique, par les mêmes gênes, la même espèce humaine, la même culture. La question de L’identité reste cependant attachée à la classification ethnolinguistique de chaque groupe.
Les Loango sont avec les Téké, ceux qui ont su conserver une certaine homogénéité du parler, dans le temps, depuis la source, jusqu’aux confins les plus éloignés de leurs migrations. Aujourd’hui même, on parle un dialecte dans le bas de la République Démocratique du Congo, semblable au Loango originel de Libreville et des diasporas lointaines.
La ressemblance des comportements a favorisé les liens matrimoniaux par le métissage, bien que les réalités du droit du sang, du droit du sol, et l’immersion culturelle, aient profité plus, au conjoint sédentaire. Et aussi le caractère parfois nomadisant, parfois itinérant, de ces troubadours des mers (pêcheurs, matelots, cuisiniers, armateurs, artistes), faits d’une instabilité chronique à sacrifier aux gémonies d’autres tuteurs, leurs propres progénitures.
Les premiers agents administratifs et judicaires coloniaux et les assesseurs, étaient majoritairement de la langue locale la plus parlée et transcrite ensuite en français.
On signale déjà la présence des Loango au Cap Lopez et dans l’Estuaire du Komo, avant la fin de la traite negrière.
Ces considérations vont adouber des nouvelles appellations, prononciations, transfigurations de noms : Okouanga pour N’kwangue – Alonda pour Malonda – Ossavou pour N’Safu ou Moussavou – Obouyou pour N’Buyu – Ossoami pour N’Suami – Aganga pour Makanga - Ossinga pour Nzinga – Akosso pour Makosso - etc.
Vous constatez et convenez, qu’il n’y a pas intentionnellement une volonté manifeste d’aliénation d’une identité. Les communautés se reconnaissent entre elles dans le respect réciproque de leurs valeurs partagées excluant toute connotation péjorative. Loango est donc une identité spécifique au contexte sociologique et en référence à la grande Histoire des bantus(les personnes en vili).
Moêtchi M'Pâmbu Mbumbe