(Extrait, à paraitre dans mon prochain livre : les Loango).
Il y a : privilège, avantage, considération, compassion, partage et contraintes, chez les bantus à propos du statut des jumeaux. Les jumeaux sont quelque peu, une curiosité génétique et spirituelle dans toutes leurs variantes : vrais jumeaux, faux jumeaux, de même genre ou de genres différents. Dieu (zambi) seul, sait combien il peut y en avoir de variantes selon en plus, les génies ou les totems qu’ils peuvent incarner. Partout où nous sommes passés, nous étions cette curiosité là. Tout d’abord nous étions fille et garçon. Dans l’interprétation, on parlait d’un mariage qui se poursuivrait dans la l’univers cosmique. Très drôle ! J’aurais souhaité mille fois, un divorce à la précédente étape, tant nous étions si différents à tout point de vue.

Que de tracas alors pour asseoir, l’état de jumeaux ! Dès leur naissances, ils sont contraints, plutôt leurs géniteurs sont contraints, à l’organisation de nombreuses cérémonies qui vont être exécutées en deux fois, pour tenir compte de la première règle incontournable : la parité.
Parité dans tout : vêtements, présents, évènements etc. De nombreux exemples de disfonctionnement peuvent se produire sur des détails dont se passeraient bien des êtres ordinaires. Si vous donnez par exemple, une paire de chaussures à l’un sans faire strictement de même (couleur, valeur..) pour l’autre, il y a subitement ou sournoisement une frustration. Elle peut se traduire par un accident banal ; l’un ou l’autre, peut se fracturer la jambe au jeu, dans la journée ou tomber sérieusement malade dans la nuit. A vous de soigner d’abord le défavorisé (c’est le miracle, si vous n’avez pas déclenché un cycle de représailles ou de réciprocité) pendant que vous réparerez ensuite l’injustice.
Le rituel initiatique des jumeaux, va préparer les parents à l’observation scrupuleuse de ces règles.

Il y aura dès la naissance, la conservation des placentas afin de les sécher, pour un traitement postérieur. Ensuite l’habillement et la parure des parents et enfants. Les pagnes nouées autour de la poitrine, sont blancs ou colorés, les visages sont enduits de kaolin rouge et blanc, ensuite : les corps sont enlacés de brettelles de roseaux (sassaku) et saupoudrés d’extraits pulvérisés de bois de génies (mbambe, londu , luzingu). Enfin se dressent sur chaque tête, deux plumes rouges de perroquet (n’kussu) placées dans la chevelure.
Une prêtresse des jumeaux, elle-même mère de jumeaux, va officier pendant le rituel (grande veillée, petite veillée, prière), les incantations, les chants, les offrandes, en s’aidant du son d’un petit grelot (tchikounde) sculpté dans du bois. Tous les gestes vont être exécutés par paires, comme dans les paroles de la chanson ci-après :
Bibeye bibè (deux fois)
Bané (deux fois)
moubambe na moudoume (1 fois)
bané (1fois)
Les génies frères sont cités par couple comme : le génie du serpent arc en ciel et de la sirène du fleuve (mboumbe et matundu), celui de l’éléphant et de l’hippopotame (zahu et fubu), celui de deux arbres génies (moubambe et moudoume) dont on extrait les écorces pour les réduires en poudre (bissemu), celui du premier et du second (Aworè et Ayènouè ou Wara et Yenô), celui du soleil et la lune (kombè et ngondè), celui d'autres arbres génies (Muyama et Muveghi) etc. Généralement, c’est dans un songe que les noms des jumeaux seront révélés aux parents, il peut s’agir aussi d’une circonstance particulière par exemple, l’apparition fréquente, le jour, d’un de ces génies ou de signes physiques remarquables (grosse tête pour éléphant, chevelure abondante pour sirène). Dans tous les cas, l’imagination subtile, ce n’est pas ce qui va manquer à l’entourage pour trouver un couple indissociable de noms.
La veillée va commencer le soir par des chants, des contes, des plaisanteries, aux sons des tchikounda, maracas, claquettes, tamtams, cornes etc.
L’une des particularités du rite des jumeaux c’est aussi de chanter la procréation à travers ses symboles : l’homme et la femme, leurs appareils génitaux, leur intimité, les tabous sexuels, les grossièretés de tout genre. La chorégraphie est des plus obscènes, atteignant même des niveaux d’exhibition à vous crevez les yeux. Un jeu de mots et de postures croisées érotiques, entre hommes et femmes vont accompagner les danseurs en deux rangées se faisant face. Ce sera là, l’occasion de franchir les limites de la pudeur et la décence, les yeux ouverts, toutes gorges déployées et toutes ouïes, dans une ambiance survoltée par le son du tamtam et de l’obaka.
C’est la communion dans tous les rythmes et dans toutes les langues, dont les diverses chansons sont reprises en cœur, par une assistance prioritairement composée de jumeaux et de parents de jumeaux, de toutes les ethnies et clans, présents dans la contrée ou venant même des contrée voisines. Les jumeaux vont recevoir des offrandes dans deux assiettes ou deux corbeilles, pour les espèces en pièces ou billet d’argent et éventuellement des offrandes en nature (par deux svp).
Le lendemain, il y aura la répétition de la même veillée pour respecter la parité.
Le statut de mère des jumeaux confère à la femme une dignité particulière faite de respect, d’attentions et de crainte parfois, car les jumeaux peuvent se révéler autant des catalyseurs de bonheur que des jeteurs de sorts !
L’autre rituel des jumeaux, consiste à les “parer“. Il s’agit de leur faire une place dans la maison de leurs parents, dans une corbeille en osier qui va abriter deux formes, préparées par une prêtresse dont les compétences et le rang sont reconnus en la matière. Cette demeure dans une corbeille peut être remplacée par d’autres originalités : petite pirogue sculptée, vase en argile ou en bois, assiette creuse en porcelaine etc.
La préparation consiste à représenter symboliquement les jumeaux par des pains ou des statuettes formées à partir des deux placentas “séchés“ qui ont porté les bébés. La praticienne va mélanger sous les prières et les incantations, pour chaque statuette, tous les composants suivants : son placenta séché, les écorces de mbambe, les racines de londu , les graines de luzingu, etc, le tout enduit d’une pâte de Kaolin blanc qui modèlera la forme définitive de la représentation soit en statuette, soit en pain, décorée à sa tête, d’une plume rouge de perroquet. C’est en chacun de ces pains ou statuettes reposant dans son cadre, sur des feuilles de “alèmbôtôgô“ et d’un coussin de “bissemu“, que vont se trouver désormais représenté, les jumeaux.
L’ensemble est remis à la mère qui devra en prendre soin désormais autant que les enfants eux-mêmes. Les jumeaux sont pourvoyeur d’abondance et de richesses dans la famille parce qu’ils intercèdent auprès de leurs semblables pour des bien faits. Il faut cependant ne pas oublier de les louer régulièrement et de leurs faire des offrandes.
Les totems de végétaux ou d’animaux, doivent être considérés comme des incarnations de toutes sortes de génies, donc à préserver. De nombreux interdits sont à observer comme : ne pas manger de totem (éléphant, hippopotame, perroquet etc.)
Nos parents mettront à profit le séjour au Fernand-Vaz pour solliciter les services d’une praticienne N’komi pour régler ce problème. Le rituel des jumeaux est, à très peu de variante près, identique dans toutes les ethnies du Gabon.
(Extrait, à paraitre dans mon prochain livre : les Loango).
Histoire Vrai : Durant la première semaine de vie de ces jumeaux les médecins se sont rendu compte qu'un des bébé était malade .. Chacun furent placer dans deux incubateurs respectif. Seulement concernant l'un des deux bébés, les médecins n'étaient pas sûr qu'il vive. Une infirmière c'est battu contre les règles de l’hôpital et mis les jumeaux dans un seul et même incubateur. Quand ils ont été placés ensemble, le plus sain des deux, mis un bras sur sa sœur comme s'il l’étrennait. Le cœur de celle ci s'est stabilisé et sa température est redevenue normale. Belle histoire d'un frère qui veillera toujours sur sa sœur.. "Aime" et "Partage" si tu trouves ça magnifique !